Récit · 12 juillet 2026

Un Nord Neuquén que personne ne pêche

Il y a des jours, sur ces rivières du Nord Neuquén, où l’on ne croise personne d’autre que notre petite équipe entre le lever et le coucher du soleil. Pas un autre pêcheur, pas une autre voiture sur la piste. Cette région n’a pas la notoriété du sud et de ces lodges luxueux, ceux qu’on voit dans les magazines depuis vingt ans. Et c’est exactement pour ça que les farios et les arcs sauvages montent encore avec cette confiance presque naïve, celle des poissons qui n’ont jamais vu passer une mouche mal présentée.

Rivière sauvage bordée d'araucarias dans le Nord Neuquén, Patagonie argentine

Ce jour-là, on avait marché longtemps le long d’une rivière encaissée entre deux volcans éteints, l’eau basse, claire, presque immobile par endroits. J’ai posé une sèche contre une berge rongée par le courant, sans grande conviction : le genre de lancer qu’on fait par habitude plus que par calcul. Le poisson est monté tout de suite, franc, sans hésitation. Une fario d’un gabarit qu’on ne rencontre pas souvent en France, tenue là depuis des années probablement, protégée par une pression de pêche qui reste presque nulle.

On l’a relâchée en quelques secondes. Le poisson est un moment, pas un chiffre…

Ce qui reste de ces journées, ce n’est pas tant le poisson que le silence autour. La steppe qui change de couleur selon l’heure, les sommets de la Cordillère des Andes qui semblent ne jamais bouger alors que la lumière, elle, bouge tout le temps. Une forme de solitude qu’on ne trouve plus beaucoup sur les rivières de France, à moins de se lever très tôt et de marcher très loin.

Pourquoi cette région reste confidentielle

Le Nord de la province de Neuquén compte plus de 400 kilomètres de rivières, et presque personne pour les pêcher. Pas de lodge célèbre, pas d’aéroport international à une heure, pas de photos dans les magazines. Les pêcheurs qui traversent la planète pour la Patagonie argentine atterrissent plus au sud, là où tout est organisé depuis longtemps. Tant mieux. Ici, la pression de pêche reste si faible que les truites, farios comme arcs-en-ciel, se comportent encore comme des poissons qui n’ont que très peu appris. C’est Patagonia Trashumante, mon partenaire local, qui m’a ouvert ces vallées il y a des années. On y conçoit aujourd’hui des voyages de pêche itinérants pour de petits groupes, et une partie de moi espère toujours que ça ne changera jamais d’échelle.

Rivière du Nord Neuquén au pied de la cordillère des Andes, Patagonie argentine

Pour situer

La saison de pêche en Patagonie argentine court de novembre à fin avril. Le Nord Neuquén se pêche principalement à la sèche et à la nymphe en cœur de saison, avec un passage au streamer quand les niveaux montent. Les rivières restent accessibles à un niveau intermédiaire, à condition d’être patient avec l’eau et de savoir marcher.

Les groupes restent volontairement petits, de trois à six pêcheurs, avec un accompagnement francophone du premier au dernier jour et un guidage assuré sur place par une équipe diplômée. La période optimale va de décembre à fin mars, et les plus polyvalents trouvent de belles fenêtres sur le reste de la saison. Pour les amateurs de très gros poissons, ce voyage se combine aussi avec un séjour à Jurassic Lake, plus au sud.

D’autres récits arrivent. En attendant, la page Patagonie explique comment ces voyages s’organisent, avec Patagonia Trashumante sur place.